Le tabac dans l’histoire

Il y a 500 ans, en débarquant sur sol américain après une navigation difficile, Christophe Colomb se croit enfin arrivé en Inde, but déclaré de son expédition. Autant dire qu’il s’est trompé. Mais ce n’est pas la seule erreur d’appréciation du navigateur génois et de ses compagnons. Ils ont beaucoup de peine à comprendre les us et coutumes des indigènes et s’étonnent de les voir rouler les feuilles d’une certaine plante pour en faire une sorte de tube qu’ils allument à un bout et dont ils tirent voluptueusement la fumée à l’autre bout.

” Tabagos ” est le nom que les Amérindiens donnent à cet objet, l’ancêtre du cigare en quelque sorte. Les Européens fraîchement débarqués ne tardent pas à apprendre ce mot, mais l’attribuent par erreur à la plante elle-même dont les indigènes fument les feuilles avec un tel plaisir. C’est leur deuxième erreur, mais le tabac n’en a pas moins trouvé son nom. En plus du cigare, les natifs du nouveau continent pratiquent un autre ” instrument à fumer ” : le fameux calumet, prototype incontesté des innombrables pipes de toutes formes et de toutes matières qui ont pu être fabriquées depuis.

Si les commanditaires de Colomb et ses compatriotes reconnaissent très vite la valeur de l’or qu’ils avaient volé pour le rapporter en Europe, ils ne voient pas l’utilité des deux plantes qu’ils ramènent aussi dans leurs bagages. Ils tentent de manger les feuilles de la première et jettent aux ordures ces curieux tubercules qui poussent en terre. Nous savons qu’il aurait mieux valu faire le contraire avec ce drôle de végétal américain appelé aujourd’hui ” pomme de terre ” . Quant à l’autre plante – celle dont les Peaux-Rouges fumaient les feuilles avec délice – ce sont surtout ses jolies fleurs qui séduisent les contemporains de Christophe Colomb. Aussi s’empressent-ils d’en semer les graines dans leurs jardins, pour l’effet décoratif.

Au début du 16e siècle, les botanistes et les médecins des cours royales d’Espagne et du Portugal croient avoir percé le secret de l’herbe rapportée par Christophe Colomb: ce serait un médicament universel, capable de guérir toutes les maladie.

En 1560, lorsque Jean Nicot, ambassadeur du roi de France à Lisbonne, envoie des graines de tabac à la Cour de France, afin de soulager le roi de ses pénibles migraines, on pourrait croire que ce nouveau remède part définitivement à la conquête du monde médical.

Ce n’est pourtant pas dans ce registre – nous le savons aujourd’hui – que ” l’herbe à Nicot ” s’imposera. Mais c’est tout de même à Jean Nicot qu’elle devra son nom scientifique : ” nicotiana tabacum ” .

La consommation du tabac restera longtemps un plaisir mal vu. Au 17ème siècle, les sultans ottomans tuaient immédiatement toute personne surprise en train de fumer, à cause des risques d’incendie !

A la même époque, en Russie, les fumeurs pris sur le fait étaient fouettés et l’on coupait même le nez aux récidivistes. D’Espagne et d’Angleterre, la nouvelle mode gagne tout le Vieux Continent. Le tabac – à priser, à chiquer ou à fumer – s’impose partout.

Et 200 ans plus tard, pendant la guerre de Crimée (1853 – 1856), Russes, Turcs, Anglais et Français n’échangent pas seulement des horions, mais aussi leurs habitudes de fumeurs. C’est à cette époque qu’apparaît la cigarette. Peu après, en 1867, la première machine à cigarettes se met à fonctionner.

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